Hey ! Le titre est pas très inspirant hein? Je vous rassure, c'est un texte ! Une lettre en fait ! D'un personnage fictif à un autre ! C'est effectivement un devoir par contre ! Je sais pas si vous connaissez un ptit peu l'histoire du Québec, mais là, vous allez en savoir un peu plus ! C'est sur la déportation des Acadiens en 1755 ! Bon jvous explique rien, vous allez tout comprendre (ben j'espère...) dans la lettre ! Si vous avez des questions, allez-y !! Voilà, bonne lecture !!
Lettre adressée à M. Mathieu Roquefort
174, rue Monte-Cristo
Marseille, France
7 août 1756, Falmouth, Cornouailles, Angleterre.
Mon cher ami,
Cela fait bien longtemps que je t'ai écrit pour la dernière fois et je m'en excuse profondément. J'ai eu quelques mésaventures ces derniers mois, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle je t'écris cette lettre. J'en ai long à te raconter, alors installe-toi confortablement, car tu en auras pour longtemps à te régaler de mes palpitantes péripéties.
Commençons par le commencement. Tu dois sûrement te demander pourquoi je t'écris d'Angleterre et non de Port-Royal. La raison est bien simple : on m'a déportée. En effet, le gouverneur Charles Lawrence a décidé en septembre dernier que nous, les Acadiens, étions de trop dans sa colonie. Ainsi, il nous a fait déporté aux quatre coins de l'Amérique. Cependant, moi, je me suis retrouvée dans un bateau menant ici, en Europe, dans le pays ennemi de la France.
Toute cette aventure débuta lors de la signature du Traité d'Utrecht en 1713, où nous fûmes cédés à la Grande-Bretagne. Dès lors, 400 soldats britanniques occupèrent cette partie de l'Acadie qui leur fut donnée. Ils rebaptisèrent l'endroit et l'appelèrent Nouvelle-Écosse. Comme si ça n'était pas suffisant, ils changèrent même le nom de Port-Royal pour Annapolis Royal! Je n'étais pas née à ce moment, bien sûr, même ma famille ne vivait pas encore en Acadie, mais je fus tout de même indignée lorsque mon père me raconta cette histoire, lorsque j'étais toute jeune encore et que nous venions de nous installer ici, loin de toi et de la France. Notre province appartenait à l'Angleterre désormais, que cela me plaise ou non.
Durant des années, on tenta de nous faire prêter un serment d'allégeance à la Couronne britannique, mais nous refusions. Notre peuple préférait garder une certaine neutralité, ne voulant pas prendre part à des combats inutiles entre deux pays qui n'étaient pas les nôtres. Bien sûr, tu te souviens de tous ces détails, puisque je te les ai déjà raconté dans mes précédentes lettres.
Après la fondation de la ville d'Halifax, nous fûmes envahit de colons britanniques qui convoitaient nos terres et réclamaient une Chambre d'Assemblée. Heureusement, nous étions encore en majorité sur le territoire et ces droits furent refusés aux colons.
Cependant, cette situation ne dura pas éternellement. Elle prit une tournure différente en 1754. Je crois que le gouverneur Lawrence en avait assez des Acadiens, il voulait une colonie entièrement britannique. Selon une rumeur, il avait même l'intention de nous expulser et de nous remplacer par des colons de la Nouvelle-Angleterre! Lorsque que j'entendis cela, je pris peur. Je ne voulais pas qu'on m'expulse de chez moi! J'étais attachée à la terre où je vivais avec Alexandre et les enfants depuis quelques années. J'avais peur de les perdre à tout jamais. Enfin bref, tout ce petit discours pour dire que Lawrence avait des projets pour nous, des projets qui ne feraient peut-être pas nécessairement notre affaire.
Tu te souviens, bien sûr, de la 4e guerre intercoloniale, qui éclata en 1754. Et bien ce fut le début de nos soucis. Après la victoire de Lawrence dans la bataille de Fort Beauséjour et la prise de Fort Gaspareaux, au mois de juin 1755, nous fûmes piégés par les autorités britanniques. On fit venir les hommes dans les ports, on les y arrêta et on les y détint.
Pendant ce temps, d'autres soldats vinrent nous arrêter, femmes et enfants, dans NOS maisons! Ils nous amenèrent dans les ports, avec les hommes, puis nous séparèrent par groupe d'âge et de sexe. Ensuite, ils nous embarquèrent sur des bateaux. Dans cette catégorisation, je fus séparé de toute ma famille. Alexandre partit dans une embarcation, Rose et Julien furent embarqués chacun sur un navire différent. Toute cette agitation parce que nous avions refusé encore une fois de prêter le serment d'allégeance à l'Angleterre!
J'ignorais totalement où on m'emmenait. J'avais peur, non seulement pour moi, mais aussi pour le reste de ma famille. J'ignorais où ils se trouvaient, s'ils étaient encore en vie, s'ils étaient quelque part parmi les autres navires qui nous accompagnaient.
Quelques semaines plus tard, nous nous arrêtâmes sur la côte de Virginie, où on nous refusa l'entrée. Nous restâmes là, sur la plage, pendant je ne sais combien de temps. La seule chose dont je suis sûre, c'est que le premier jour du mois de mai 1756, nous étions repartis. Comment l'ai-je sus? Tout simplement parce que le capitaine nous l'avait dit. Nous allions où? Il avait oublié de nous préciser ce détail.
Nous naviguâmes pendant longtemps, très longtemps, mais je ne pourrais te dire la durée exacte de notre voyage, car j'avais perdu la notion du temps. Je voyais de l'eau à perte de vue, chaque jour. J'en avais la nausée.
Pendant la traversée, deux bateaux coulèrent. J'aurai toujours cette question en tête, pour le restant de ma vie : Julien, Rose ou Alexandre étaient-ils sur ces bateaux? Je ne le saurai jamais, malheureusement. Ma famille est brisée désormais.
Trêve de nostalgie, je continue mon récit. Alors que nous étions encore sur les navires et que je regardais défiler cet interminable horizon bleu qui me rendait malade, j'entendis une conversation entre deux officiers. Ils disaient que nous, les Acadiens présents sur ces bateaux, étions probablement les plus chanceux d'entre tous les déportés.
C'est alors que je pus enfin découvrir ma destination finale : l'Angleterre. Par la même occasion, je découvris d'autres endroits où mes semblables avaient été exilés. Beaucoup furent déportés le long de la côte atlantique américaine. Quelques uns, tels que nous, furent déportés en Europe. Parmi ceux-ci, certains plus chanceux étaient retournés en France. Cependant, j'entendis dire que l'endroit idéal pour les déportés était en Louisiane. Là-bas, ils étaient accueillis chaleureusement et ils étaient très bien traités. J'espérais sincèrement que ma famille y avait été envoyée, qu'elle mènerait une belle vie malgré le drame qu'elle avait vécu.
Quelques jours – ou peut-être quelques semaines, je ne sais plus – plus tard, nous arrivâmes enfin à destination. Le débarquement me parut interminable. J'avais hâte de poser enfin mes pieds sur la terre ferme ! Cependant, lorsque mon v½u fut exaucé, je ne ressentis pas exactement le bien-être que je m'attendais à ressentir, bien au contraire. La tête me tourna, mes jambes vacillèrent sous mon poids et je ne pus me retenir de vomir.
Malheureusement, on ne me laissa point le temps de récupérer. Aussitôt arrivés, on nous sépara en quatre groupes. Celui dans lequel je fus mise semblait le moins nombreux. Notre troupeau fut envoyé à Falmouth. Pour les autres, j'ignore quel sort on leur réserva.
Cela fait maintenant 3 jours que je suis ici, en Cornouailles. Nous sommes bien traités, surtout pour des prisonniers. J'ai même déniché un petit travail. J'ai appris en lisant le journal – j'ai appris quelques bases de l'anglais – que nous étions aujourd'hui le 7 août 1756. Ainsi, la traversée jusqu'en Angleterre a duré trois longs mois. J'ai aussi vu un article sur nous, les déportés acadiens. J'ai appris que ceux qui avaient voyagé avec moi étaient maintenant soit à Southampton, à Liverpool ou à Bristol. J'ai aussi appris qu'au Massachusetts, les déportés avaient été décimés par une épidémie de variole. À quelques endroits, en Amérique, on engage les déportés comme esclaves, on les traite comme des Noirs.
Je ne peux m'empêcher de penser que peut-être les membres de ma famille sont dans ces endroits de torture, souffrant le martyr. Je ne peux m'empêcher de penser que jamais je ne les reverrai...
Enfin bref, je t'ai raconté mon histoire. Tu sais tout à présent. J'aurais adoré te revoir mais, malheureusement, je suis coincée ici. Mais qui sait? Peut-être nous libéreront-ils sous peu! Sois sûr que si c'est le cas, le premier endroit où je me rendrai sera au 174, rue Monte-Cristo afin de retrouver mon meilleur ami d'enfance !
Dans la hâte de te retrouver,
Camille DeLatour
(message à celles qui s'appellent Camille: Je trouve que ce nom-là est trop beau, c'est pour ça que je l'ai pris !!! C'est rien de personnel ou quoi que ce soit !!! lol)
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